AMélie Labourdette

Diplômée de l’École Supérieure des Beaux-Arts de Nantes Métropole, Amélie Labourdette a été bénéficiaire de bourses prestigieuses de production et de recherche (CNAP, DRAC Pays de la Loire...). Son travail, montré dans différentes expositions en France et à l'étranger (Royaume-Unis, Chine, Géorgie, Italie, Allemagne) est également présent dans les collections publiques du musée d’Angers et celui de la Ville de Nantes, et dans des collections privées. En 2016, Amélie Labourdette est lauréate du Sony World Photography Awards, dans la catégorie Architecture, avec la série photographique Empire of Dust. La production photographique d'Amélie Labourdette questionne ce qui est situé en dessous du paysage visible. Le paysage nous renvoie à quelque chose de la mémoire collective et individuelle. Il est le reflet de l’histoire, d’une époque, ainsi que de notre imaginaire. En s'interrogeant sur la notion de territoire à s’approprier, à redéfinir artistiquement, elle cherche à faire apparaître photographiquement ces espaces sous-jacents révélant les multiples strates d'identités et de temporalités d'un paysage. Elle construit et réalise ses projets photographiques en étroite relation avec l’idée du territoire car c’est du paysage et de cette « archéologie du présent », dont elle souhaite parler avant tout. Amélie Labourdette interroge les valeurs documentaires, fictionnelles et esthétiques induites par ses photographies. 


AMélie Labourdette • Empire of Dust

GALERIE THIERRY BIGAIGNON
9 NOVEMBRE - 23 DÉCEMBRE 2017

La série « Empire of Dust » de Amélie Labourdette explore les strates de l’histoire des communautés humaines, éclairant les caractéristiques sociales et esthétiques d’un paysage modifié par la présence de constructions inachevées : les ecomostri, ces créatures de béton dressées au creux d’une vallée, ou à flanc d’une colline. L’artiste, récompensée par un Sony Photography Award dans la catégorie architecture en 2016 pour cette série, présente sa première exposition personnelle à la Galerie Thierry Bigaignon à Paris.

 Amélie Labourdette, "Empire of Dust"

Empire of Dust explore en effet une Italie peuplée d’ecomostri. Le néologisme désigne une pluralité de situations renvoyant à des constructions inachevées, signalées comme étant en inadéquation avec le paysage, offensant le regard. Certaines constructions sont publiques, d’autres privées. Les unes sont illégales, les autres manquent de subsides pour être achevées, les autres encore sont prétextes au blanchiment d’argent. Des villages entiers, des complexes hôteliers, des tronçons d’autoroute, des ponts, des villas isolées. Elles dévoilent au-delà même de leurs formes et de leurs typologies plastiques des réalités qui traversent l’économie et la société de l’Italie du Sud : blanchiment d’argent, détournement de fonds, activités mafieuses, absence de considération pour le bien commun.

Les squelettes de béton de grands projets restés en suspens, les buildings inachevés, stigmates récurrents de notre époque affectée par des bouleversements socio-économiques, illustrent, malgré leurs imposantes dimensions, un vide manifeste, et on perd de vue leur fonction première, l’usage auquel le projet initial les dédiait. Ces formes indéfinies, entre ruines à venir et sculptures potentielles, dessinent les contours d’un étrange présent entre la dystopie et l’utopie, irréel, statique, un pan d’histoire sur lequel plane avec poésie le spectre de la fin d’un certain monde.
En s’interrogeant sur la notion de territoire à construire, à s’approprier ou à redéfinir artistiquement, Amélie Labourdette cherche à révéler les multiples strates d’identités et de temporalités d’un paysage. Elle construit et réalise ses projets photographiques sur la base d’un état de choses existantes. Elle utilise le paysage en tant que reflet de l’histoire, d’une époque parfois révolue, de notre imaginaire.

La lumière opaque, dense, et l’absence d’ombres évoquent tour à tour au spectateur la photographie de Düsseldorf, les sculptures minimalistes des années 60 ou encore les interventions monumentales du Land Art. On se remémore également les ruines de la peinture romantique allemande ou les « ruines prospectives » des romans de science-fiction, décrivant une ère post-humaine où la nature reprend le dessus sur les constructions humaines. C’est que ces « ruines », pour Amélie Labourdette, sont des « trous dans le réel », des portails, des manières d’accéder au temps lui-même : face à celles-ci, nous devenons les archéologues de notre temps, nous portons, à la manière de l’astronaute de La Planète des Singes, un regard rétrospectif sur notre présent, sur notre avenir aussi.

Pour le critique d’art et commissaire d’exposition Théo-Mario Coppola : « La série Empire of Dust livre les traces d’une archéologie du présent, avec ses restes, ses indices, ses histoires aussi. L’artiste ne les fixe pas pour les intégrer à un catalogue raisonné à la manière de Bernd et Hilla Becher, mais les choisit plutôt pour construire, sans prétendre à l’exhaustivité, un ensemble de formes sculpturales. Elle ne s’attarde pas non plus sur le spectaculaire et ses effets, mettant aussi à distance l’immédiateté du regard. Et ces clichés ne sont pas des documents. Car ces architectures sont aussi saisies pour leur force et leur présence physique, prises dans un environnement naturel, parfois difficilement accessible. Elles sont l’expression d’une émotion individuelle, d’une relation du corps à l’architecture, d’un journal d’exploration ».

  • Photographies couleur, signées, datées, numérotées et encadrées
  • Format 115 x 135 cm
  • Edition de 3 ou 5 selon les images